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22 décembre 2013

Dieu peut-il prendre chair ?

Ousmane Sow, décembre 2012Une personne âgée, alitée depuis de nombreuses années, fait part de sa souffrance: « Voilà à quoi je suis réduite! je ne peux plus marcher, je suis une vieille qui s'oublie et à qui on doit mettre des couches. Et quand je me regarde dans un miroir, je ne vois plus qu'un corps qui se déglingue. Comment puis-je croire que Dieu  a pris cette chair-là pour se manifester aux hommes? »

Derrière ce cri désespéré se cache l'aveu d'une foi sincère qui touche au mystère de Dieu: la chair, c'est-à-dire la condition humaine dans sa fragilité et sa finitude, devient espace de la révélation de Dieu, un espace qui traverse les crèches de notre humanité blessée, hôpitaux, hospices, prisons. Par l'Incarnation, un rapport inédit s'instaure entre Dieu et l'homme : l'homme est l'amour de Dieu, il n'en a pas d'autre.

Dans la crèche s'ouvre une brèche : Dieu partage désormais la condition humaine à plein temps...


.../, comme l'attestent de nombreuses pages d'évangile. Le pauvre, l'homme abîmé, la vieille déglinguée, le laissé-pour-compte deviennent des signes de son incarnation qui exigent de l'homme une priorité d'attention et de respect. Car, de cette rencontre de Dieu et du corps, du Verbe et de la chair, s'exprime, plus que l'humanité et la divinité de Jésus, la proximité de Jésus pour chacun de nous: Dieu n'est plus un Dieu séparé mais un Dieu désirant l'homme.

Désormais, Dieu et l'homme sont faits l'un pour l'autre, leur rencontre en la chair ne les déchire pas. Au contraire, l'homme y trouve sa grandeur avec Dieu, et Dieu, sa demeure auprès des hommes, « chez les siens»  (saint Jean) : « Dieu et l'homme deviennent métaphore l'un de l'autre»  (Adolphe Gesché).

La question rebondit quand la chair, notre chair, se trouve soudain prise dans les rets de la décrépitude et de la corruption: se pourrait-il que Dieu soit vraiment allé jusqu'au bout de notre humanité, de cette humanité-là? Qu'il révèle sa gloire et sa puissance à travers les chutes et rechutes de l'homme terrassé par la souffrance? Nous voulons le croire et nous le croyons, sans en mesurer toutes les conséquences. En effet, la venue de Dieu parmi les hommes pousse l'homme à se porter parmi les siens: l'homme ne peut se mettre en congé d'incarnation, il y va de sa responsabilité au nom de l'homme, de tout l'homme.

Dieu comme l'homme sont qualifiés, non pas à partir d'eux-mêmes, mais à partir de ce qu'ils sont l'un pour l'autre. Folle réciprocité d'un fol amour, qui réduit la distance entre ciel et terre et annule les murs de haine et d'incompréhension entre les hommes! L'arrêt de Jésus devant le mystère de compassion que deviennent le paralysé, le lépreux, ces lambeaux de chairs que l'on voudrait si vite mettre hors humanité, sont autant de marques du salut inscrites dans la chair humaine. C'est en cette chair mortelle qu'est promise une vie nouvelle, chair qui devient « charnière du salut»  (Tertullien).

Sylvain GASSER, prêtre assomptionniste

20:53 Écrit par Webmestre_RBS dans Actualité, Documents permanents | Lien permanent |  Imprimer | |  Facebook

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